Conseils et Education Société

GROSSESSE EN MILIEU SCOLAIRE

Quand nous sommes rentrées en stade de puberté, mes sœurs et moi, je me rappelle que notre mère ne cessait de nous dire ; « si l’une d’entre vous tombe enceinte, sachez que chez moi il n’y a pas d’avortement, la personne ira continuera ses études avec cette honte (le gros ventre dont tout le monde va se moquer) ». Je ne sais pas pourquoi, mais cette stratégie de notre mère a bien marché car aucune de nous (nous sommes 4 filles) n’est tombée enceinte avant d’avoir obtenu un boulot.

Selon un rapport de juin 2019, 3000 grossesses en milieu scolaire ont été recensées en 2018 au Togo.[1]

Les grossesses en milieu scolaire font chaque année des victimes. Les acteurs éducatifs et surtout les parents s’inquiètent de ce mal silencieux qui détruit la vie des jeunes filles mais aussi des garçons.

Pourquoi cette situation perdure-t-elle malgré les sensibilisations et la promotion des méthodes et mesures contraceptives ?

Les raisons qui justifient le taux de plus en plus croissant des grossesses en milieu scolaire sont multiples et multiformes. Entre autres on peut citer :

  1. Sur le plan culturel il y a les mariages précoces et ou forcés, la mise en cause de la responsabilité des parents (par exemple leur négligence dans le suivi des filles, leurs faibles capacités à parler de la sexualité et de la crainte de Dieu à leurs enfants)
  2. Sur le plan social, notons que les adolescent(e)s acquièrent tôt leur maturité physique, émotionnelle et psychologique dans un monde en pleine transformation. Cette cible reçoit des messages contradictoires sur la santé sexuelle et reproductive, ce qui fait affaiblir sa capacité à faire des choix judicieux. A cela, il faut ajouter d’autres éléments tels que la dépravation des mœurs, la gêne des filles à recourir aux services de santé maternelle et infantile ; le harcèlement /chantage sexuel entre partenaires et la crise de l’adolescence. Aussi, la pauvreté et la misère avec leurs corollaires que sont l’ignorance, la drogue, l’effet de mode, l’influence de la mauvaise compagnie, la prostitution, l’alcoolisme, la marginalisation etc. peuvent aussi conduire à des comportements de dérives se soldant souvent par des grossesses précoces.
  3. Sur le plan scolaire, l’absence de module d’enseignement sur la sexualité tout en mettant l’accent sur les dangers graves d’une sexualité précoce ; Absence de sensibilisation sérieuse sur les fléaux tel que les grossesses précoces. Lors de certaines sensibilisations, les élèves sont entretenus sur les méthodes contraceptives avec des partages de préservatifs à tout hasard. Un tel acte au lieu de résoudre le problème complique et conduit à une vie sexuelle ouvrant ainsi la porte à d’autres situations déplorables telles que les Infections Sexuellement Transmissibles (IST). Il faut également ajouter :
    • le harcèlement du personnel enseignant (de plus en plus jeune) et administratif sur les élèves en échange des notes pour passer en classe supérieur,
    • l’insuffisance de la formation du personnel éducatif à la déontologie.
    • le manque de confiance en soi des filles, l’insuffisance de l’offre éducation éducative.[2]

Dans la présente situation (épidémie du Covid-19) où les écoles sont fermées et les élèves se retrouvent à la maison, nous ne serons pas surpris de voir le nombre de grossesse en milieu scolaire augmente à la reprise des classes. Pourquoi cette supposition ? en effet, les enfants sont à la maison sans la supervision des parents qui continuent de vaquer à leur occupation pour subvenir aux besoins de leurs progénitures. Pendant ce temps, les filles vulnérables sont victimes de harcèlement, de viols et autres abus de tout genre à l’intérieur comme à l’extérieur des maisons.

C’est alors le lieu pour nous d’interpeller les parents pour prendre les mesures nécessaires pour garantir la sécurité et la protection de leurs enfants à la maison. Les sensibilisations et les conseils doivent continuer pour conscientiser nos enfants surtout les filles.

Nos propositions d’amélioration de la situation :

Autant on dit que chaque enfant est unique et qu’il faut adapter la pédagogie a chaque apprenant, autant nous pensons qu’il faut adapter les conseils et les sensibilisations aux différents groupes de jeunes filles suivant leur culture, leur origine, le niveau d’étude et la couche sociale.

Chaque parent connait mieux sa fille ou son garçon. Alors comme ma mère, développez votre stratégie pour conscientiser vos enfants afin de les protéger et leur éviter les grossesses non désirées.

Il est aussi important à chaque parent d’être très proche de sa fille ou de son garçon. Quand vous devenez ami avec votre enfant, soyez en sur que ce dernier ne vous cachera rien de sa vie même sexuelle. Ainsi vous vous apercevrez des dangers et risques auxquels il/elle est exposé(e) pour prendre des mesures d’atténuation.

Pour des actions communautaires, la mise en place des clubs de mères serait une bonne stratégie pour d’abord sensibiliser les mères sur comment aborder la sexualité avec leurs filles. Ce serait aussi un moyen pour ces femmes de partager des expériences sur l’éducation de leurs enfants.

Autre chose et pas les moindres, faites consulter votre jeune fille par un gynécologue si vos moyens le permettent.

Thérèse ADJAYI, Travailleuse Sociale, Spécialiste Handicap et Inclusion Sociale


[1] Article éducation (Republic of Togo) : Grossesses en milieu scolaire : il est temps d’agir, 27 juin 2019

[2] Cheick Tidiane DRABO, Les grossesses en milieu scolaire : Une douleur silencieuse qui provoque beaucoup d’amertume, A.E.E.M.B

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